Une bibliothèque de médias ne pose aucun problème pendant deux ans, puis devient un sujet à part entière. Cinq mille images en base représentent souvent trente à cinquante mille fichiers sur le disque, une fois comptées les tailles générées automatiquement. La recherche ne trouve plus rien, les sauvegardes s'allongent, l'espace disque se remplit, et personne ne sait quels fichiers servent encore. Reprendre la main est possible et demande de la méthode, parce qu'une purge menée trop vite casse des pages sans que personne ne s'en aperçoive avant plusieurs semaines.

Comprendre ce qui occupe la place

Avant toute intervention, il faut savoir de quoi est faite la volumétrie constatée. La réponse surprend souvent, l'essentiel du poids ne venant pas des fichiers d'origine. Le fonctionnement du répertoire concerné est décrit dans notre article sur le dossier uploads de WordPress et son fonctionnement.

Les tailles générées automatiquement

Chaque image téléversée produit plusieurs déclinaisons : les tailles natives, celles ajoutées par le thème et celles déclarées par les extensions. Un site avec un thème riche et trois extensions actives peut générer douze à quinze fichiers par image. Sur cinq mille images, cela représente soixante mille fichiers pour cinq mille originaux. La plupart de ces déclinaisons ne sont jamais servies à un visiteur. Elles sont produites systématiquement au téléversement, sans que rien ne vérifie qu'un gabarit les appelle un jour. Ce comportement est parfaitement logique du point de vue du logiciel, qui ne peut pas deviner ce que le thème utilisera, et il devient coûteux à l'échelle de plusieurs milliers d'images.

Les originaux non redimensionnés

Une photographie issue d'un appareil récent pèse entre cinq et quinze mégaoctets. Téléversée sans redimensionnement préalable, elle est conservée telle quelle en plus de ses déclinaisons. Sur un site alimenté par plusieurs contributeurs, ces originaux constituent régulièrement la moitié du poids total. Le redimensionnement automatique à la réception existe et il est souvent réglé trop haut. Une largeur maximale de deux mille cinq cents pixels laisse passer des fichiers de plusieurs mégaoctets, alors qu'aucun usage web ne le justifie. Abaisser ce seuil est sans effet sur les fichiers déjà présents et arrête immédiatement l'accumulation.

Les formats modernes en doublon

Les extensions de conversion produisent une version dans un format moderne à côté de chaque fichier existant, sans supprimer l'ancien puisqu'il sert de repli. Le nombre de fichiers double. C'est un choix cohérent et il doit être connu au moment d'évaluer la volumétrie. Compter les fichiers sans distinguer les formats conduit à des conclusions erronées sur l'ampleur du problème. Les principes de ces formats sont détaillés dans notre article sur les images WebP et AVIF et la compression sur le web.

Les sauvegardes laissées sur place

Les extensions d'optimisation conservent fréquemment une copie de l'original avant traitement, dans un sous répertoire ou avec un suffixe. Cette précaution est utile pendant quelques semaines et absurde au bout de trois ans. Elle représente parfois trente pour cent du volume. Sa suppression est en général proposée dans les réglages de l'extension concernée. Avant de l'activer, il vaut mieux vérifier qu'aucune restauration n'est envisagée, l'opération étant définitive. Sur un site dont les images ont été traitées avec des réglages jugés satisfaisants depuis longtemps, la question ne se pose pas vraiment.

Les fichiers déposés hors bibliothèque

Les documents téléversés par un constructeur de pages, un formulaire ou une extension de galerie n'apparaissent pas toujours dans la bibliothèque. Ils occupent pourtant de l'espace et échappent à tout inventaire mené depuis l'interface. Un listing du disque comparé au contenu de la base révèle leur existence. Ils constituent souvent la surprise de l'audit. Les pièces jointes reçues par formulaire posent en outre une question de conservation au regard de la protection des données personnelles, sujet sur lequel nous ne sommes pas juristes et qui mérite un avis compétent. Leur présence dans un répertoire accessible publiquement constitue par ailleurs un risque à traiter en priorité.

Mesurer avant de décider

Une commande de listing par répertoire et par extension de fichier donne en quelques secondes la répartition réelle du poids. Ce relevé oriente l'intervention bien mieux qu'une intuition : selon les cas, la priorité sera le redimensionnement, la suppression des tailles inutiles ou le nettoyage des sauvegardes. Faire ce relevé avant et après permet de chiffrer le gain obtenu. Ce chiffre est utile pour justifier le temps passé auprès d'un client, un gain de quinze gigaoctets parlant nettement plus qu'une explication technique.

Repérage des fichiers orphelins et purge d’une médiathèque

Reprendre la main sur les tailles générées

C'est le levier le plus efficace et le moins risqué, puisqu'il ne touche pas aux originaux. Le principe consiste à ne conserver que les déclinaisons réellement utilisées par le site.

Inventorier les tailles déclarées

Une fonction permet de lister toutes les tailles enregistrées, avec leurs dimensions et leur origine. Le résultat comporte souvent des entrées dont plus personne ne connaît la provenance, héritées d'un ancien thème ou d'une extension désinstallée. Cet inventaire est le point de départ obligé. Il tient sur un écran et il se lit en deux minutes. Certaines extensions proposent cette liste dans leur interface de diagnostic, ce qui évite d'écrire la moindre ligne de code. À défaut, une page temporaire affichant le résultat de la fonction native remplit parfaitement le rôle.

Identifier celles qui servent

Une recherche dans le code du thème sur les noms de tailles indique lesquelles sont réellement appelées. Les autres sont générées et jamais servies. Cette vérification demande un accès au code et elle est concluante. Sur un site géré depuis plusieurs années, il n'est pas rare de trouver que la moitié des tailles ne sert à rien. La recherche doit couvrir le thème, le thème enfant et les extensions actives, une taille pouvant être appelée depuis n'importe lequel. Les constructeurs de pages compliquent l'exercice, puisqu'ils choisissent parfois la taille dynamiquement selon la mise en page.

Désactiver les tailles inutiles

Une taille peut être retirée par un filtre, ce qui empêche sa génération pour les futurs téléversements. Cette opération n'affecte pas les fichiers existants, qui restent sur le disque. Elle stoppe simplement l'aggravation, ce qui est déjà considérable sur un site qui publie régulièrement. Sur un site publiant vingt images par semaine, cesser de générer huit déclinaisons inutiles représente plusieurs milliers de fichiers économisés par an. Le réglage des dimensions natives se fait par ailleurs depuis l'interface, comme nous l'expliquons dans notre article sur la manière de modifier la taille des images dans WordPress.

Supprimer les fichiers déjà générés

Les déclinaisons existantes correspondant aux tailles supprimées peuvent être effacées, à condition d'être certain qu'aucune page ne les référence en dur. Un contenu ayant inséré une image en spécifiant une taille précise pointera vers un fichier disparu. Une recherche dans le contenu sur le suffixe dimensionnel concerné lève le doute. Cette suppression libère souvent plusieurs gigaoctets. Elle doit être menée après une sauvegarde et, idéalement, par déplacement dans un répertoire d'attente plutôt que par effacement direct.

Régénérer plutôt que supprimer

Lorsque les dimensions ont changé, une régénération complète produit les nouvelles déclinaisons et supprime les anciennes. L'opération est longue sur un gros volume et elle doit être menée en dehors des heures de trafic. Elle demande aussi de vérifier l'espace disque disponible avant de commencer, la régénération créant les nouveaux fichiers avant de retirer les anciens. Sur une bibliothèque de cinq mille images, il faut prévoir plusieurs heures de traitement et un pic d'occupation disque pouvant atteindre le double du volume habituel. Les outils en ligne de commande sont nettement plus fiables que les extensions travaillant depuis le navigateur, qui s'interrompent au moindre incident réseau.

Empêcher la réapparition

Une extension installée plus tard réintroduira ses propres tailles sans prévenir. Consigner dans une note quelles tailles ont été volontairement supprimées, et pourquoi, permet de refaire le contrôle après chaque installation. Sans cette note, le travail se refait tous les dix huit mois. C'est le type de documentation qui coûte cinq minutes et en économise plusieurs heures. La placer directement dans le thème enfant, à côté du filtre concerné, garantit qu'elle sera lue par la personne qui interviendra.

Poste Part typique du volume Action possible
Tailles générées Quarante à soixante pour cent Supprimer les tailles inutiles
Originaux non redimensionnés Vingt à quarante pour cent Redimensionner à la réception
Sauvegardes d'optimisation Dix à trente pour cent Purger via l'extension
Formats modernes en doublon Dix à vingt pour cent Conserver, c'est le principe
Fichiers hors bibliothèque Variable Inventorier puis arbitrer
Médias orphelins Cinq à vingt pour cent Purger après vérification

Organiser pour retrouver

La volumétrie réglée, reste le problème quotidien : retrouver une image parmi cinq mille. Les outils natifs sont limités et quelques habitudes changent tout.

Nommer avant de téléverser

Le nom du fichier devient l'adresse de l'image et il constitue le principal critère de recherche. Un fichier nommé selon son contenu, en minuscules avec des tirets, se retrouve des années plus tard. Un fichier issu d'un appareil photo ou d'une capture d'écran est perdu dès le lendemain. Cette discipline ne coûte rien au moment du dépôt et elle est irrécupérable ensuite, le renommage cassant les liens existants. Renommer un fichier après publication suppose de reprendre toutes les références qui pointent vers lui, opération qu'aucun outil ne mène de façon totalement fiable. Mieux vaut donc accepter les noms hérités et appliquer la règle aux nouveaux dépôts.

Renseigner le texte de remplacement

Ce champ sert l'accessibilité et le référencement, et il alimente aussi la recherche interne de la bibliothèque. Le renseigner systématiquement rend la médiathèque interrogeable. Sur un site existant, une campagne de rattrapage sur les images les plus utilisées produit un effet immédiat. C'est un travail fastidieux et directement rentable. Il peut être réparti sur plusieurs semaines, en traitant quelques dizaines d'images à chaque session, plutôt que mené d'un bloc.

Employer une taxinomie de médias

Rien n'empêche d'attacher une taxinomie aux fichiers joints, ce qui permet de les classer par projet, par campagne ou par type. Quelques lignes suffisent à l'enregistrer, et des extensions le proposent clés en main. Sur une médiathèque de plusieurs milliers d'éléments, ce classement transforme l'usage quotidien. Il doit être décidé tôt, l'application rétroactive étant beaucoup plus coûteuse. Sur une bibliothèque existante, un classement partiel portant sur les images réellement réutilisées apporte déjà l'essentiel du bénéfice.

Comprendre l'organisation en répertoires

Le classement par année et par mois est le réglage par défaut et il convient bien, en répartissant les fichiers sur de nombreux répertoires. Le désactiver place tout dans un répertoire unique, ce qui devient problématique au delà de quelques milliers de fichiers pour les performances du système de fichiers. Ce réglage ne doit pas être modifié sur un site existant, les chemins enregistrés en base ne suivant pas. Le modifier casserait toutes les images déjà publiées, sans avertissement préalable. C'est une décision à prendre au démarrage du site et à ne plus jamais toucher ensuite.

Limiter le poids à la source

Fixer une dimension maximale de téléversement et informer les contributeurs évite l'accumulation d'originaux surdimensionnés. Une largeur de deux mille pixels couvre la quasi totalité des usages web. Le contrôle peut être automatisé, une extension ou quelques lignes redimensionnant à la réception. C'est la mesure qui empêche le problème de revenir. Sans elle, tout le travail de purge est recommencé dans deux ans, avec les mêmes causes et les mêmes effets.

Documenter les conventions

Une note d'une page indiquant comment nommer, quelles dimensions viser et où classer suffit à aligner une équipe. Sans elle, chaque contributeur applique ses propres habitudes et la bibliothèque redevient hétérogène en quelques mois. Cette note doit être accessible depuis l'interface d'administration plutôt que rangée dans un document que personne n'ouvre. Un simple bloc d'aide affiché sur l'écran de téléversement fait mieux que dix pages de procédure.

Répartition du poids d'une médiathèque de cinq mille images
Tailles générées automatiquement
47 %
Originaux non redimensionnés
24 %
Sauvegardes d'optimisation
15 %
Formats modernes en doublon
9 %
Fichiers hors bibliothèque
5 %

Relevé effectué sur des sites WordPress alimentés depuis plus de trois ans par plusieurs contributeurs.

Purger sans rien casser

La suppression des médias inutilisés est l'opération la plus risquée et la plus tentante. Elle demande des précautions proportionnées aux conséquences d'une erreur.

Ce qu'un média orphelin n'est pas

Un fichier non rattaché à un article n'est pas nécessairement inutilisé. Il peut être appelé depuis un réglage de thème, un constructeur de pages, un champ personnalisé, une feuille de style ou un courriel automatique. Les outils de détection d'orphelins qui ne regardent que le contenu des articles produisent des faux positifs en quantité. C'est la source d'incident la plus fréquente sur ce sujet. Le cas le plus vicieux concerne les images de fond déclarées dans les réglages du thème, qui disparaissent sans provoquer d'erreur visible dans l'administration.

Croiser plusieurs sources

Une détection sérieuse recherche le nom du fichier dans le contenu des publications, dans les métadonnées, dans les options du site et dans les fichiers du thème. Cette recherche croisée réduit fortement les faux positifs sans les éliminer complètement. Elle se scripte et elle prend quelques minutes sur un site de taille moyenne. Le résultat doit être considéré comme une liste de candidats, jamais comme une liste de suppression. Une relecture humaine de cette liste, même rapide, écarte généralement plusieurs faux positifs évidents.

Sauvegarder avant tout

Une sauvegarde complète du répertoire des médias et de la base, vérifiée et restaurable, est le préalable non négociable. Une purge mal menée sur cinq mille images ne se rattrape pas autrement. Cette sauvegarde doit être conservée plusieurs mois, les images manquantes se découvrant parfois longtemps après. Le coût de stockage est dérisoire comparé au risque. Il faut également s'assurer que la sauvegarde est restaurable, en testant la restauration d'un échantillon plutôt qu'en faisant confiance au message de succès.

Déplacer plutôt que supprimer

La bonne pratique consiste à déplacer les candidats vers un répertoire d'attente plutôt qu'à les effacer. Le site continue de fonctionner, les images manquantes apparaissent progressivement dans les journaux d'erreur, et la restauration est immédiate. Après trois mois sans incident, la suppression définitive peut être envisagée. Cette patience est le meilleur investissement de toute l'opération. Elle transforme une décision irréversible en décision révisable, ce qui change entièrement le niveau de risque accepté.

Surveiller les erreurs après purge

Les journaux du serveur signalent chaque requête vers un fichier absent. Les relever pendant les semaines suivant le déplacement donne la liste exacte des erreurs commises. Un outil de surveillance des liens brisés complète utilement ce contrôle. Ces deux dispositifs transforment une opération risquée en opération maîtrisée. Une alerte automatique sur les erreurs de fichier absent, lorsque l'hébergement le permet, dispense même de consulter les journaux manuellement.

Traiter par lots

Purger cinq mille fichiers d'un coup rend le diagnostic impossible en cas de problème. Procéder par lots de quelques centaines, en laissant passer une semaine entre chaque, permet d'isoler l'origine d'une régression. Cette progression allonge l'opération de quelques semaines et elle la rend réversible à chaque étape. Sur un site à enjeu, c'est la seule façon raisonnable de procéder. Le calendrier doit donc prévoir plusieurs semaines pour une purge complète, durée qu'il vaut mieux annoncer dès le départ plutôt que de la découvrir en cours de route. Annoncer cette durée suppose aussi de préciser ce qui reste possible pendant la purge, faute de quoi le chantier bloque inutilement les publications.