Une page située à sept clics de l'accueil est explorée rarement, indexée tardivement et considérée comme secondaire, quelle que soit la qualité de son contenu. La profondeur de clic est l'un des rares indicateurs techniques dont l'effet est à la fois direct, mesurable et corrigeable en quelques heures de travail sur le maillage. Elle est pourtant très mal connue, en partie parce qu'on la confond avec la profondeur de l'arborescence des adresses, qui n'a rien à voir avec elle et qui se lit à l'œil nu. Une adresse comportant cinq segments peut parfaitement être atteignable en deux clics, et une adresse à un seul segment se trouver à huit clics de l'accueil.

Ce que l'indicateur mesure vraiment

La définition est simple et ses conséquences le sont moins : c'est le nombre minimal de liens à suivre depuis la page d'accueil pour atteindre une page donnée. Cette mesure relève de la même famille d'analyses que celles décrites dans notre article sur l'analyse de logs en SEO.

Des liens, pas des répertoires

La profondeur se calcule sur le graphe des liens et non sur la structure des adresses. Une page enfouie dans une arborescence de cinq niveaux mais liée depuis l'accueil est à un clic. Une page à la racine du domaine mais accessible seulement depuis la page dix d'une pagination est à onze clics. Cette distinction est la première chose à comprendre, et elle explique pourquoi un site à l'arborescence soignée peut afficher des profondeurs catastrophiques. Elle explique aussi pourquoi aucune réflexion sur les adresses ne remplace une mesure réelle par exploration.

Le chemin le plus court

Seul compte le chemin minimal. Une page atteignable en huit clics par la navigation principale et en deux clics depuis un bloc de contenus mis en avant est à deux clics. C'est précisément ce qui rend le levier si efficace : ajouter un seul lien depuis une page proche de l'accueil suffit à remonter une page profonde, sans toucher à la structure générale du site. Un bloc de liens bien placé sur une page très visitée peut ainsi remonter plusieurs centaines de contenus en une seule modification.

Le rôle du point de départ

La profondeur se calcule habituellement depuis l'accueil, qui est la page recevant le plus de liens externes. Sur certains sites, une autre page joue ce rôle : une catégorie très liée, une page de service, un article devenu la référence sur son sujet. Calculer la profondeur depuis plusieurs points de départ donne une image plus fidèle de l'accessibilité réelle, exercice que peu d'outils proposent nativement et qui se scripte facilement. La comparaison entre ces différents points de départ révèle des sections accessibles depuis une entrée et invisibles depuis les autres.

Ce que le moteur en fait

La profondeur n'est pas un critère de classement déclaré, elle agit indirectement. Une page profonde est découverte plus tard, réexplorée moins souvent et reçoit moins de valeur interne, puisque celle ci se dilue à chaque niveau traversé. Ces trois effets se cumulent et produisent une différence considérable entre une page à deux clics et la même page à sept clics, à contenu strictement identique. C'est ce qui rend l'indicateur si utile : il isole un facteur purement structurel, indépendant de la qualité rédactionnelle.

Le seuil qui compte

L'expérience montre que les pages situées jusqu'à trois clics de l'accueil sont explorées régulièrement, que celles à quatre ou cinq clics le sont plus rarement, et qu'au delà l'exploration devient sporadique. Ce seuil varie avec l'autorité du site : un domaine très établi explore profondément, un site jeune s'arrête plus tôt. Il faut donc lire la mesure en relatif, en comparant les sections entre elles, plutôt que dans l'absolu. Une section systématiquement plus profonde que les autres constitue un signal fiable, quel que soit le niveau moyen du site.

Ce que la mesure ne dit pas

Une page peu profonde mais liée depuis un unique bloc en pied de page reçoit peu de valeur, malgré une profondeur excellente. La profondeur ignore le nombre de liens entrants internes et leur emplacement, deux dimensions tout aussi importantes. Elle constitue donc un indicateur de première approche, à croiser avec le nombre de liens internes reçus par chaque page pour obtenir une vision utile. Les deux mesures se produisent d'ailleurs lors de la même exploration et figurent souvent dans le même tableau.

Mesure de la profondeur de navigation d’un site par exploration

Obtenir la mesure

Le calcul se fait par exploration du site, et quelques précautions de configuration déterminent la fiabilité du résultat. Un outil gratuit suffit largement en dessous de cinq cents adresses, et les versions payantes ne se justifient qu'au delà.

Explorer depuis l'accueil

Un outil d'exploration lancé sur la page d'accueil suit les liens de proche en proche et attribue à chaque page découverte le niveau auquel elle a été atteinte. La plupart des outils affichent cette valeur dans une colonne dédiée, parfois nommée niveau ou profondeur selon la traduction retenue. Le point de départ doit être l'accueil et non un plan de site, ce dernier donnant à toutes les pages une profondeur de un et rendant la mesure inutile. Il faut également désactiver la découverte par le plan de site dans les réglages de l'outil, option souvent active par défaut.

Exécuter le JavaScript, ou pas

Un menu ou une pagination construits côté navigateur ne sont pas suivis par une exploration classique. Lancer deux explorations, l'une avec exécution du code et l'autre sans, révèle immédiatement quelles pages ne sont atteignables que par un mécanisme que tous les robots ne traitent pas. L'écart entre les deux mesures est une information précieuse et rarement regardée. Un écart important justifie à lui seul de revoir la construction du menu ou de la pagination.

Traiter la pagination

Une liste paginée sur cinquante pages place les derniers éléments à cinquante et un clics. C'est la première cause de profondeurs excessives sur les sites de contenu et sur les catalogues. L'exploration le montre immédiatement, avec une distribution qui s'étale au lieu de se concentrer sur les premiers niveaux, allure caractéristique que l'on reconnaît au premier coup d'œil sur un histogramme. Le nombre de niveaux occupés donne d'ailleurs directement le nombre de pages de la plus longue pagination du site.

Exclure les paramètres

Les adresses paramétrées gonflent artificiellement le nombre de pages et faussent la lecture. Elles doivent être exclues de l'exploration ou normalisées avant analyse, sujet développé dans notre article sur les combinaisons de facettes à laisser explorer. Sans cette précaution, l'analyse porte sur des dizaines de milliers d'adresses sans intérêt et devient illisible.

Croiser avec le trafic

La profondeur seule ne hiérarchise pas. En la croisant avec le trafic organique de chaque page et avec son importance commerciale, on obtient la liste des pages qui méritent réellement d'être remontées. Une page profonde qui ne reçoit aucun trafic et n'en recevrait pas davantage à deux clics n'est pas un problème, alors qu'une page produit importante à six clics en est un. Ce croisement se fait dans un tableur, en rapprochant l'export de l'exploration et celui de l'outil de mesure d'audience.

Produire l'histogramme

Le comptage du nombre de pages par niveau de profondeur constitue le livrable le plus parlant de toute l'analyse. Une distribution saine concentre l'essentiel des pages sur les niveaux deux à quatre. Une distribution étalée jusqu'à dix ou quinze signale un problème structurel. Ce graphique se produit en une opération dans un tableur et se comprend sans explication par n'importe quel interlocuteur. C'est aussi celui qui déclenche les décisions, là où un tableau de dix mille lignes ne déclenche rien.

Niveau Interprétation Action
0 à 1 Accueil et pages majeures Réserver aux pages stratégiques
2 à 3 Zone saine Y placer les contenus qui comptent
4 à 5 Exploration plus rare Remonter les pages à valeur
6 à 8 Exploration sporadique Corriger le maillage
Au delà de 8 Souvent de la pagination Revoir la navigation par listes
Non atteinte Orpheline Lier ou supprimer

Lire les résultats

Quelques profils reviennent constamment, et chacun correspond à une cause précise qu'il est facile d'identifier une fois qu'on la connaît. Les reconnaître fait gagner l'essentiel du temps d'analyse.

La longue traîne de pagination

Une distribution où les pages s'échelonnent régulièrement jusqu'à des niveaux élevés trahit une navigation par listes paginées. Chaque page de pagination ajoute un niveau, et les contenus anciens s'enfoncent mécaniquement avec le temps. Ce profil est le plus fréquent de tous et il se corrige par la navigation plutôt que par le contenu, ce qui en fait un chantier rapide. Il ne demande aucune modification de contenu et se traite entièrement dans le gabarit de liste.

Les pages orphelines

Les pages présentes dans le plan de site mais jamais atteintes par l'exploration ne sont liées depuis nulle part. Elles existent, elles sont parfois indexées grâce au plan de site, et elles ne reçoivent absolument aucune valeur interne. Leur repérage se fait en comparant la liste des adresses publiées à celle des adresses découvertes , opération d'une minute dans un tableur,, et le résultat surprend presque toujours par son volume. Sur un site ayant connu plusieurs refontes, les pages orphelines se comptent régulièrement en centaines.

Les sections isolées

Une section entière située à un niveau élevé signale qu'elle n'est liée que depuis un endroit peu accessible, souvent un sous menu ou un pied de page. Le blog d'une boutique se trouve régulièrement dans cette situation, ce qui explique que ses articles mettent des semaines à être indexés. Un lien depuis la navigation principale change tout, et cette modification prend deux minutes. Elle mérite d'être discutée avec l'équipe qui gère la navigation, la place dans le menu principal étant toujours disputée.

Les fiches produit enfouies

Sur un catalogue, les fiches accessibles seulement par une catégorie paginée se trouvent souvent à cinq clics ou plus. Les produits récents, placés en tête de liste, s'en sortent, les autres non. Le tri par défaut de la liste détermine donc directement quels produits seront indexés, ce qui mérite d'être choisi consciemment. Ce déséquilibre explique pourquoi certains produits ne sont jamais indexés alors que d'autres le sont immédiatement, phénomène que l'on attribue à tort au contenu des fiches. Le contrôle consiste à comparer la profondeur des produits indexés à celle des produits absents de l'index.

Le menu qui ment

Un menu déroulant listant vingt catégories donne l'impression que tout est à un clic. Si ce menu est construit côté navigateur et non présent dans le code source, les robots ne le voient pas et la profondeur réelle est bien supérieure. La comparaison entre les deux explorations évoquées plus haut met ce cas en évidence immédiatement. La lecture du code source de la page, en cherchant les liens du menu, donne la même réponse en quelques secondes.

Les liens en pied de page

Les liens présents dans le pied de page apparaissent sur toutes les pages et donnent donc une profondeur de un à leurs cibles. Cette facilité conduit à y entasser des dizaines de liens, ce qui améliore la profondeur affichée sans améliorer la valeur transmise, chaque lien recevant une part infime. Un pied de page à cinquante liens est un signal d'alerte plutôt qu'une bonne pratique. Une quinzaine de liens bien choisis y sert bien mieux le site qu'une liste exhaustive.

Répartition des pages par profondeur de clic sur un site de contenu
Niveau 1 à 2
8 %
Niveau 3 à 4
21 %
Niveau 5 à 6
27 %
Niveau 7 à 9
31 %
Au delà de 9
13 %

Distribution relevée avant intervention sur un site de deux mille contenus. Après refonte de la pagination, plus de quatre vingts pour cent des pages sont passées sous cinq clics.

Corriger le maillage

Les corrections sont peu coûteuses et leur effet se mesure en quelques semaines dans les journaux et dans les rapports d'indexation. Elles se classent assez naturellement de la plus mécanique à la plus éditoriale.

Raccourcir les listes

Augmenter le nombre d'éléments par page divise le nombre de pages de pagination et remonte tous les contenus d'un coup. Passer de dix à trente éléments par page fait passer une liste de cinquante pages à dix sept. C'est la correction la plus efficace et la plus simple, limitée uniquement par le temps de chargement de la liste, qu'il faut vérifier après modification. Une liste de trente éléments avec des images correctement dimensionnées reste parfaitement fluide sur mobile.

Ajouter des liens de navigation

Des liens vers les pages de pagination intermédiaires, plutôt qu'un simple lien suivant, réduisent immédiatement la profondeur des contenus anciens. Une pagination affichant le premier, le dernier et quelques niveaux intermédiaires ramène l'ensemble d'une liste de cinquante pages à trois ou quatre clics. Cette construction est standard et souvent mal implémentée dans les thèmes. Elle mérite d'être vérifiée dans le code source plutôt que dans le rendu visuel, certains thèmes construisant ces liens côté navigateur.

Créer des points d'entrée thématiques

Des pages regroupant les contenus par thème, par usage ou par cas d'application créent des raccourcis vers des contenus autrement profonds. Ces pages ont en outre une valeur propre en référencement, puisqu'elles répondent à des recherches larges. C'est le chantier le plus rentable sur un site de contenu volumineux, et il rejoint les principes du maillage interne SEO sous WordPress. Une dizaine de pages de ce type suffit à restructurer l'accessibilité d'un site de plusieurs milliers de contenus.

Mettre en avant les contenus qui comptent

Un bloc sur l'accueil ou sur les pages de catégorie, mettant en avant une sélection de contenus, ramène ceux ci à un ou deux clics. La sélection doit être pilotée par la valeur commerciale ou éditoriale et non par la date, ce qui suppose un champ dédié dans l'administration plutôt qu'un tri automatique par date de publication. Cette mise en avant se révise chaque trimestre et constitue un levier permanent. Elle sert par ailleurs les objectifs commerciaux, ce qui facilite grandement son adoption par les équipes.

Lier depuis les contenus

Les liens contextuels placés dans le corps des articles transmettent davantage de valeur que ceux des menus et améliorent la profondeur au passage. Sur un site de contenu, trois liens par article vers d'autres contenus du site suffisent à construire un maillage dense en quelques mois. C'est un travail éditorial plus que technique, et il produit un effet cumulé bien supérieur à toute intervention structurelle. Encore faut il que ces liens pointent vers des contenus réellement liés au sujet, sous peine de perdre en pertinence ce que l'on gagne en accessibilité.

Mesurer à nouveau

L'exploration doit être relancée après intervention, et l'histogramme comparé au précédent. Ce contrôle prend dix minutes et permet de vérifier que la correction a produit l'effet attendu sur l'ensemble des pages concernées et pas seulement sur celles que l'on a regardées, ce qui n'est pas toujours le cas lorsqu'un lien a été ajouté à un endroit que les robots ne voient pas. Conserver ces histogrammes datés donne en outre une vision de l'évolution du site, indicateur simple et rarement suivi. Trois relevés espacés de six mois suffisent à voir si la structure se dégrade ou s'améliore. Ces relevés se conservent au même endroit que les exports de crawl dont ils sont issus, faute de quoi la comparaison se heurte, six mois plus tard, à des méthodes de mesure qui ont changé entre temps.