Qu’est-ce que arobase (@) ? Définition & histoire du symbole numérique

Par Xavier Deloffre

Qui n’a jamais utilisé le symbole @ sans vraiment se demander d’où il vient ? Présent partout dans notre quotidien numérique (des adresses e-mail aux réseaux sociaux) l’arobase est devenu un repère visuel et fonctionnel incontournable de l’ère digitale. Mais ce petit caractère, aux formes arrondies et à la signification aussi bien technique que symbolique, n’a pas toujours été lié à Internet. Son histoire est bien plus ancienne, et ses usages ont beaucoup évolué. De la comptabilité médiévale aux mentions Twitter, explorons ensemble les origines, la signification et les transformations de l’arobase, ce signe aux multiples vies.

Les origines historiques du symbole arobase

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’arobase n’est pas une invention moderne ni un simple produit de l’ère numérique. Ses origines sont bien plus anciennes et racontent une histoire fascinante, à la croisée des langues, du commerce et de l’écriture. Bien avant l’apparition des courriers électroniques ou des mentions sur les réseaux sociaux, le symbole @ remplissait déjà une fonction précise et bien documentée, en particulier dans les milieux marchands et administratifs. Son apparition remonterait au Moyen Âge, voire à l’Antiquité tardive selon certains historiens de la typographie. On pense que le symbole est issu d’une ligature manuscrite du mot latin ad, qui signifie « vers », « à », ou « chez ». Les scribes, dans un souci de rapidité et d’économie d’espace, auraient joint le « a » et le « d » dans une forme arrondie et fluide, évoluant progressivement vers le caractère que nous connaissons aujourd’hui. Ce genre de ligature était fréquent dans les écritures cursives utilisées dans les chancelleries et les échanges marchands.

La trace la plus ancienne de ce symbole est souvent attribuée à une lettre commerciale datée de 1536, envoyée par un marchand florentin du nom de Francesco Lapi. Dans cette missive, le symbole @ est utilisé pour signifier une unité de marchandise (des amphores de vin) livrée à Séville. Cette découverte, faite dans les archives historiques espagnoles, atteste d’un usage structuré et compréhensible du @ dans un contexte économique déjà globalisé à l’échelle européenne. Ce n’est pas un hasard si ce caractère s’est répandu d’abord parmi les marchands espagnols, portugais et italiens. Ces régions, grandes puissances maritimes et commerciales au XVIème siècle, ont rapidement adopté des notations efficaces pour comptabiliser les biens échangés dans les colonies et entre les ports d’Europe. Le @ apparaît dans de nombreux documents comptables pour indiquer une tarification à l’unité : par exemple « 5 barils @ 2 ducats » pour « 5 barils à 2 ducats chacun ».

En parallèle, dans le monde ibérique, le mot arroba s’impose comme unité de mesure. Il désigne un poids équivalent à environ 11,5 kg en Espagne, et jusqu’à 15 kg dans certaines régions d’Amérique latine. Le mot arroba vient de l’arabe ar-rubʿ, signifiant « un quart », en référence à un quart de quintal. Utilisé dans les marchés pour peser notamment les denrées agricoles, le terme s’est associé au symbole @, et les deux ont fini par se confondre dans les usages quotidiens. Ainsi, écrire « 3@ de café » signifiait simplement « 3 arrobas de café ». Ce double héritage, à la fois typographique (la ligature latine) et métrologique (l’unité de masse), explique pourquoi l’arobase est restée présente dans certaines langues et traditions commerciales jusqu’à l’époque moderne, bien avant son entrée dans le monde de l’informatique.

L’histoire du @ fait ensuite un saut au XXème siècle, avec l’émergence de la machine à écrire. Le symbole commence à apparaître sur certains modèles, notamment ceux conçus pour le marché américain. Son intégration au clavier QWERTY s’explique par la persistance de son usage dans les écritures comptables et les documents commerciaux. Il reste néanmoins un caractère secondaire, souvent relégué en dehors des touches principales. Peu utilisé par le grand public, il est principalement connu des secrétaires, des comptables et des opérateurs de saisie.

En France, en revanche, l’arobase ne figure pas sur les premiers claviers AZERTY. Ce n’est qu’avec l’essor de l’informatique et, plus tard, d’Internet, que la nécessité d’accéder facilement à ce caractère s’est fait sentir. Cela a conduit à des combinaisons de touches parfois peu intuitives, comme Alt Gr + 0 sur PC ou Option + 2 sur Mac. Le caractère devient alors un marqueur de familiarité avec l’univers informatique : savoir faire apparaître un @ devient presque un rite d’initiation pour les premiers utilisateurs d’email. Il est intéressant de noter que le symbole @ n’a pas le même nom dans toutes les langues. En français, on l’appelle arobase, en italien chiocciola (escargot), en néerlandais apenstaartje (queue de singe), en allemand Klammeraffe (singe araignée), et en suédois snabel-a (a trompe d’éléphant). Ces appellations montrent à quel point le caractère, bien que standardisé sur le plan typographique, reste un objet culturellement interprété selon l’imaginaire visuel de chaque langue.

origines historiques de arobase

L’arobase dans l’univers numérique : De l’email aux réseaux sociaux

Le basculement de l’arobase dans l’univers numérique s’est joué en 1971, à travers un geste simple, presque anodin, mais qui allait marquer durablement l’histoire de la communication électronique. À cette époque, Ray Tomlinson, ingénieur chez BBN Technologies, travaille sur le réseau ARPANET, un projet expérimental financé par le département de la Défense des États-Unis. Son objectif : Permettre l’envoi de messages entre ordinateurs distants. Ce qu’il met en place à ce moment-là, c’est tout simplement le premier email. Pour séparer le nom de l’utilisateur du nom de la machine réceptrice (le serveur), Ray Tomlinson cherche un caractère à la fois lisible, disponible sur les claviers et jamais utilisé dans les noms propres. Son choix se porte sur le symbole @, alors peu exploité en informatique. Ce caractère était déjà présent sur les claviers QWERTY, principalement pour des usages commerciaux (comme nous l’avons vu dans les origines historiques), mais totalement absent des noms de fichiers ou des instructions système, ce qui en faisait un candidat parfait. La structure utilisateur@domaine devient alors la norme du courrier électronique. Ce choix, loin d’être purement fonctionnel, s’appuie aussi sur la logique sémantique : @ signifie ici « à l’adresse de » ou « chez ». Cette dimension symbolique (« envoyer un message à quelqu’un, chez un serveur ») contribue à ancrer le caractère dans le paysage numérique naissant. Le premier message envoyé par Tomlinson, simple test technique, marquera le début d’une révolution dans la communication interpersonnelle.

Le succès de l’email dans les décennies suivantes donne à l’arobase une visibilité sans précédent. Elle devient un élément incontournable des adresses électroniques, présentes sur toutes les cartes de visite, dans tous les formulaires d’inscription, les bases de données, les systèmes CRM, et au sein même des configurations d’entreprise. Cette omniprésence transforme peu à peu l’arobase en véritable symbole de l’identité numérique, au même titre qu’un nom ou un numéro de téléphone. Mais c’est avec l’essor des réseaux sociaux dans les années 2000-2010 que le @ prend une nouvelle dimension, encore plus sociale, interactive et dynamique. La plateforme Twitter, lancée en 2006, reprend le @ pour permettre la mention directe d’un utilisateur. En insérant @nom_utilisateur dans un message, on crée un lien actif vers le profil de la personne, tout en la notifiant qu’elle a été mentionnée. Cette fonctionnalité devient un fondement des échanges publics sur Twitter, favorisant la discussion, la réponse en chaîne, le débat ou l’interpellation.

Très rapidement, ce modèle est repris par d’autres plateformes : Facebook, Instagram, TikTok, LinkedIn, YouTube, Mastodon, Discord… Partout, mentionner quelqu’un avec un @ devient un réflexe universel de l’interaction numérique. Cela permet de citer une source, de répondre à une personne précise, de remercier publiquement un contributeur, ou encore de déclencher une dynamique virale autour d’un contenu. Ce glissement transforme profondément la fonction sociale du @ : iI devient une adresse vivante, une balise d’identité, mais aussi un outil de visibilité. Être mentionné, c’est être reconnu dans une conversation. Mentionner, c’est donner la parole à l’autre, ou lui attribuer un rôle dans l’échange. L’arobase devient un acte de langage à part entière, porteur de lien, d’intention, et parfois d’influence.

Dans certains milieux, notamment les communautés créatives et les sphères professionnelles en ligne, l’usage du @ est même stratégique. Il permet de tisser un réseau de connexions, de renforcer sa présence numérique, de valoriser d’autres comptes ou de signaler une appartenance à un groupe, une entreprise ou une thématique (par exemple : @nomdelamarque, @événement2026, etc.). Parallèlement à son rôle dans les échanges sociaux, l’arobase occupe aussi une place importante dans la programmation informatique. Ce petit caractère est utilisé dans de nombreux langages et environnements techniques, avec des fonctions variées et parfois déterminantes :

  • En Python, le @ est utilisé pour appliquer des décorateurs à des fonctions ou des classes, permettant de modifier leur comportement de manière élégante ;
  • En Java, il introduit les annotations, un mécanisme qui permet d’enrichir le code avec des métadonnées interprétées au moment de la compilation ou de l’exécution ;
  • En PHP, le symbole @ permet de supprimer l’affichage des erreurs générées par une instruction, une pratique souvent déconseillée mais encore répandue ;
  • En Perl, Ruby ou Bash, il intervient pour désigner des tableaux, des variables spéciales ou pour manipuler des flux de données ;
  • Dans les fichiers de configuration (par exemple sous Linux), il peut signaler des chemins, des variables d’environnement ou des options spécifiques.

Ces usages techniques montrent que l’arobase n’est pas qu’un outil de communication sociale, mais aussi un véritable composant de la grammaire informatique. Il agit comme un modificateur, un opérateur, ou un signal, au cœur même du fonctionnement des logiciels et des scripts automatisés. On le retrouve également dans des contextes professionnels très spécifiques, comme dans les adresses Git pour référencer un dépôt à travers SSH, ou encore dans les modèles de templating de certains frameworks web, où il est utilisé pour injecter du code dynamique dans les pages HTML.

arobase univers numerique

Symbole, identité et culture numérique : Ce que @ raconte de notre rapport au web

Au fil des décennies, le symbole @ a dépassé sa fonction première pour devenir bien plus qu’un simple caractère typographique. Il s’est transformé en un véritable emblème de l’identité numérique. Aujourd’hui, se présenter sous la forme « @nom_utilisateur » est une pratique courante, presque instinctive, sur la plupart des plateformes en ligne. C’est une manière concise, visuelle et universelle de dire : « voici mon identité sur le web ». Cette forme d’auto-désignation a profondément modifié notre rapport à la présentation de soi dans les espaces numériques. Sur Twitter, Instagram, TikTok, YouTube, Discord ou encore Twitch, l’@ précède le pseudonyme pour former une balise qui est à la fois un identifiant technique et un marqueur de présence publique. Pour beaucoup, cette balise devient un prolongement de leur nom, voire un nom à part entière. Des personnalités publiques, des artistes et des entreprises en font leur signature : « suivez-nous sur @marque », « retrouvez-moi sur Insta @artiste », etc. Cela donne au @ une valeur symbolique forte, car il ne désigne pas seulement un utilisateur, mais aussi une manière d’exister en ligne, d’être reconnu, cité, interpellé, ou soutenu.

Cette dimension est particulièrement marquée dans certaines communautés numériques, où le pseudonyme précédé de @ devient un élément de réputation. Chez les streamers, créateurs de contenu, influenceurs, journalistes web ou développeurs open source, le @ est plus qu’un nom : c’est une signature, parfois même une marque personnelle protégée. Être mentionné ou tagué devient un acte de reconnaissance sociale, voire professionnelle. Le @ symbolise alors la légitimité, la visibilité, l’appartenance à une sphère ou à une audience. Son impact dépasse même la sphère sociale. Le @, par sa forme graphique (une lettre a entourée d’un mouvement circulaire) a inspiré de nombreux logos, jeux de mots, campagnes de communication. On le retrouve stylisé dans des noms d’entreprise (comme @home, @work, @shop), dans des slogans publicitaires ou dans des créations graphiques. Il est utilisé pour exprimer la modernité, le lien, la réactivité, ou encore l’idée de connectivité instantanée. Il est courant de le croiser sur des affiches d’événements numériques, des cartes de visite de freelance, ou des sites personnels jouant sur son impact visuel immédiat. Dans le monde de l’art numérique, le @ est souvent réinterprété : Détourné, pixelisé, transformé en sculpture, en tag, ou en œuvre générative. Il incarne une époque, un imaginaire technologique, une certaine esthétique du web. On le voit même dans des expositions consacrées à la culture Internet, comme symbole d’un monde fait de réseaux, de données, d’identités multiples et d’échanges en temps réel. L’arobase est devenu un motif graphique contemporain à part entière. Sur le plan linguistique, le mot « arobase » suscite parfois débat. Si la forme la plus acceptée et officielle en français reste arobase, reconnue par le dictionnaire Larousse, on rencontre également dans la langue courante des variantes comme arrobase, arrobe, ou encore ar@base dans des contextes humoristiques, marketing ou stylistiques. Ces variations illustrent à quel point le mot lui-même est devenu un objet de jeu, de créativité et d’appropriation, reflet de l’inventivité propre à la culture numérique francophone.

L’arobase incarne également une forme d’universalisme numérique. Contrairement à d’autres symboles typographiques qui peuvent varier selon les langues ou les conventions locales, le @ est compris partout. Sa présence est standardisée sur les claviers, reconnue par tous les systèmes informatiques, et utilisée de manière identique dans les adresses email du monde entier. On peut dire que le @ est l’un des rares signes de ponctuation véritablement mondialisé. Il traverse les frontières, les cultures, les langues, tout en conservant sa fonction. Ce qui frappe, c’est cette capacité qu’a eu le @ à changer de statut au fil du temps : initialement utilisé dans les livres de comptes des marchands, il est devenu un outil de transmission d’information, puis un symbole identitaire, avant de s’ériger en icône culturelle. On le retrouve dans les pages d’encyclopédies, dans les logos d’entreprise tech, dans les débats sur la vie privée, dans les discussions sur la netiquette ou encore dans des essais sur l’écriture numérique. Il n’est plus seulement un caractère utilitaire : il est chargé de sens, de valeurs, d’histoire.

On pourrait même dire que l’arobase est devenu un véritable miroir de notre rapport au web : il dit notre volonté d’être visible, de nous relier, de participer à un flux mondial. Il cristallise notre manière d’exister à travers les interfaces. En cela, il dépasse largement le cadre du simple outil pour devenir emblème : celui d’une culture numérique qui se construit à travers les signes, les symboles, et les interactions sociales codées.

Xavier Deloffre

Xavier Deloffre

Fondateur de Facem Web, agence implantée à Arras et à Lille (Hauts-de-France), je suis spécialiste du Web Marketing, formateur expérimenté, et blogueur reconnu dans le domaine du Growth Hacking. Passionné par le référencement naturel (SEO) que j'ai découvert en 2009, j'imagine et développe des outils web innovants afin d'optimiser la visibilité de mes clients dans les SERPs. Mon objectif principal : renforcer leur notoriété en ligne par des stratégies digitales efficaces et créatives.

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